Fikri et la culture nubienne

Il était une fois… si si, “il était une fois”. Un jeune garçon vivait dans un village d’Egypte. Pas n’importe quel village, mais un village du sud profond, en Nubie, au bord du plus long fleuve du monde, donnant sur une incroyable vue. Entre les bleu des eaux et du ciel, entre le vert profond de la forêt de palmiers sauvages et le clair terre de Sienne du haut plateau du désert, s’étalait, à moitié recouvert par le sable, le Temple de Ramses, aimé d’Amon.

Tous les jours, en allant à l’école et sur le chemin du retour, en jouant avec ses amis, en allant au marché, ce garçon profitait de cette vue merveilleuse qui, étonnamment – ou pas, n’a jamais cessé de le fasciner.

Plus tard, notre garçon quitta la chaleur de son village nubien pour les froids suisses. Son père y avait ouvert un restaurant, donnant au garçon l’opportunité d’étudier dans certaines des meilleurs universités et écoles suisses : l’histoire de l’art, la musicologie, l’égyptologie, ainsi que la gestion hôtellière.

L’Unesco a sauvé les temples nubiens. Mais qui a sauvé le peuple nubien ?

Les années passèrent, à travailler en Suisse et, toujours sous la neige, dans la Haute-Savoie française. Notre garçon, désormais un homme, apprit à skier. Passa quelques années à Paris. Et finalement, se trouva confronté à l’éternelle question de “l’avenir”. “Viens travailler avec moi dans mon restaurant” lui dit son père. Mais durant toutes ses années en Europe, sous la neige, notre garçon désormais adulte n’avait jamais cessé de penser à ses temples, et à son peuple. “L’Unesco a sauvé les temples nubien d’Abu Simbel. Mais qui a sauvé le peuple nubien ?” fut la réponse du garçon. Il décida alors de revenir en Nubie, et d’essayer de créer quelque chose au profit de son peuple et de sa culture en danger.

Il commença comme guide touristique francophone sur l’Eugénie, le premier bateau à croiser sur le Lac Nasser, réalisé dans le style d’un élégant vapeur du Nil du début du 20e siècle. Dix ans passèrent, notre homme approfondissant sa connaissance de l’histoire de son pays, et sa compréhension des attentes des touristes en Egypte.

Ce n’est pas un hotel. C’est une maison de nubien.

En 2005, il débuta la construction d’une maison à Abu Simbel. Prévue pour être sa maison personnelle, il la construisit de manière traditionnelle, à base de techniques presqu’oubliées, et de briques de limon du Nil venu d’Assouan. Bientôt, il se rendit à l’évidence : il ferait un hotel de sa maison traditionnelle. Un endroit où il pourrait garder la culture nubienne bien vivante, au travers de l’architecture, la gastronomie, la musique… un hotel, mais un véritable centre culturel. L’Ecolodge Eskaleh était né.

Des années plus tard, l’Eskaleh est une réussite totale. Grâce au bouche à oreille, il détient une formidable réputation, attirant des touristes du monde entier. Certains guides touristiques décrivent même l’hotel comme “une destination en soi”, un “concept plutôt unique en Egypte”.

Mais la plus belle réussite est ailleurs. Le garçon qui vécu au bord du Nil, face aux Temples, qui a voyagé jusqu’en Europe et en est revenu, ce garçon, désormais un homme, vient chaque soir sur la terrasse de son hotel pour profiter de la brise du lac et accueillir quelques amis, ou de la famille. Fikri el Kashef, le garçon de notre histoire, propriétaire et fondateur de l’Ecolodge Eskaleh, saisit encore parfois son oud et chante pour, puis avec, ses invités. Il voulait créer une maison nubienne plus qu’un hotel. Et effectivement, c’est là sa plus belle réussite. Ce n’est pas vraiment un hotel. C’est une maison de nubien. Où, vous-même, vous vous sentirez chez vous.

Bienvenue dans la Nubie éternelle.