Misr ! Misr ! Misr !

Comme presque toute l’Egypte, nous avons appris la nouvelle en direct à la télévision.

Lassé d’avoir les infos soit avec deux jours de retard, soit par l’intermédiaire de l’Europe, je me suis résolu à installer une antenne parabolique sur le toit de l’hôtel (qui ne comptait pas de télévision). Les derniers jours, je les passais devant Al-Jazeera en anglais, ou BBC World, tout en travaillant sur la comptabilité de l’hôtel.

Or donc, depuis le début de l’après-midi, ça sentait le pâté. Al-Jazeera annonçait un communiqué “urgent et important” de Conseil Suprême des Forces Armées, qui siégeait en session permanente. La foule, toujours paisible, se massait non plus seulement sur la Place de la Libération, mais autour de tous les lieux de pouvoir (Parlement, Gouvernement, télévision d’Etat, palais présidentiels…) en en bloquant l’accès. Des hélicoptères militaires étaient arrivés à la Présidence…

Et puis, à force d’attendre, Al-Jazeera a fini par annoncer que la télévision publique égyptienne avait lancé le générique des annonces officielles. J’ai juste eu le temps d’apeller (ok, en hurlant) l’épouse du propriétaire de l’hôtel qui était sur la terrasse, et j’ai basculé sur la chaine publique. Apparait Suleiman, droit comme un planton soviétique (un reliquat de son éducation moscovite probablement), qui commence une courte déclaration en arabe… à laquelle je ne comprends rien évidemment. Jusqu’à ce que Mme Amal éclate de joie et se mette à hurler des youyous entre deux “al-hamdulilah”, “grâce à Dieu” !

La soirée allait voir un véritable festival avoir lieu à l’hôtel, du restaurant aux terrasses, où les habitants du villages, les amis, la famille se sont vite retrouvés pour fêter cet événement historique. Une euphorie douce et simple à partager, le bonheur d’être enfin libre. Les drapeaux égyptiens se sont mariés à la musique nubienne jusque tard dans la nuit, annonçant l’aube d’un jour nouveau, sur une Egypte nouvelle, célébré par de simples cris de joie : “Misr ! Misr ! Misr !” (“Egypte ! Egypte ! Egypte !”)

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