Pendant ce temps, à Abu Simbel…

Le Caire brûle, et Abu Simbel n’a jamais été plus “hors du temps” qu’aujourd’hui…

Depuis 4 jours, l’Egypte fait face à des révoltes sans précédent. Sans télévision à l’hôtel, les nouvelles sont rares. Des rumeurs d’hôtels en feu au Caire, d’un Hôpital des Enfants également en flammes, d’un policier littéralement coupé en morceaux à Suez pour venger la mort de 4 manifestants pro-démocratie qu’il avait abattus…

Je n e peux pas dire qu’ici à Abu Simbel la vie continue comme d’habitude. Au contraire, elle n’a jamais été plus différente “d’avant”. Mais pour une raison totalement différente, bien que liée à la révolte en cours : les touristes sont partis.

Aujourd’hui, l’aéroport est fermé, et les convois militaires qui amènent chaque jour quelques milliers de touristes sont annulés. Les touristes qui étaient encore à Abu Simbel ont été “évacués” par les agences de voyages et tous les hôtels sont désormais vides. Dr. Akhmed, Directeur des Temples, était ici ce soir : un jour normal de haute saison, 3000 tickets d’entrée aux temples sont vendus. Aujourd’hui, seulement 14. Un record depuis l’ouverture des temples aux touristes ? “au moins depuis Ramsès II !” ajoute Dr. Akhmed en riant. Mais il ne riait pas tant que cela 2 jours plus tôt.

Avant hier, quand je suis revenu à l’hôtel pour mon service du soir, il était au téléphone avec ses collègues dans d’autres villes du pays. On était au pire moment des pillages. Et les pillards étaient entrés dans le Musée d’Egypte au Caire. L’armée est arrivée suffisamment vite pour établir un périmètre de sécurité, mais les pillards avaient pénétré les barricades établies par les Cairotes autour du Musée pour le protéger. Et d’autres mauvaises nouvelles venaient du Musée de Tel-el-Amarna, du Musée de Memphis…

Mais Abu Simbel est plus calme que jamais. Sans touriste, une partie de la population (dépendante uniquement du tourisme) va vite retourner à Assouan. L’hôtel principal, le Sethi Ier, est déjà fermé, et personne ne sait quand les touristes seront de retour. La saison est plus que probablement finie avec 4 mois d’avance. Nous avons discuté “sécurité” avec Mr. Fikri, particulièrement “ma” sécurité (je dois être le dernier étranger au sud d’Assouan), mais je me sens absolument protégé ici, et sans aucun doute beaucoup plus que si j’essayais d’attraper un train (qui ne roulent plus) d’Assouan au Caire pour y essayer de trouver une place sur un avion (il y a encore des avions ?) pour l’Europe.

Mais Abu Simbel ne change pas, les Temples sont toujours là, et l’Eskaleh est toujours un hôtel. Les touristes reviendront, vers une Egypte différente, meilleure, plus démocratique (insh’allah).Il y a toujours autant de choses à faire ici, et je n’ai aucune intention de quitter cette calme et éternelle Nubie, toujours plus déconnectée de l’Egypte…

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